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15/12/2016

Blockchain : les assureurs auto soulagés de 4 milliards d’euros de frais de gestion d’ici 2021

Le secteur de l’assurance est en pleine disruption depuis plusieurs années. L’internet des objets (IdO), le big data, et maintenant la blockchain sont autant d’opportunités pour les acteurs traditionnels de se réinventer et de pallier à leurs déficits d’innovations. Les assureurs, en quête d’efficacité opérationnelle, pourraient bien trouver un nouveau canal de croissance en investissant massivement dans la technologie du blockchain.

En effet, de plus en plus de grands assureurs mondiaux conçoivent le blockchain comme un moyen d’alléger leurs structures de coûts, notamment celles liées aux frais de gestion.

Selon une estimation Sia Partners, rien que pour la branche auto, les assureurs français pourraient, grâce au blockchain, économiser 4 milliards d’euros[*] sur l’ensemble des frais de fonctionnement à l’horizon 2021. Côté assuré, cela représenterait une réduction potentielle de prime entre 75 et 190 euros par véhicule assuré[*].

 

 

 

Simplification de la vie du contrat 

Le développement de la souscription en ligne ou sur smartphone est une avancée indispensable pour séduire certains segments de la population. Ce processus pourrait encore s’améliorer avec l’intégration de la blockchain. Elle répond à une promesse, celle d’assurer un processus de souscription sécurisé, transparent et infalsifiable.

En enfermant la donnée dans un réseau public garantissant sa sécurité, l’assureur n’a plus besoin de vérifier l’exactitude des documents administratifs comme la carte d’identité ou bien le permis de conduire de son client. Ainsi, les frais de gestion se voient considérablement réduits.

La gestion du contrat est également optimisée. Les « smarts contracts » (contrat codé basé sur des conditions convenues préalablement entre l’assureur et son client) offrent à l’assuré une rapidité dans l’exécution de ses prestations contractuelles. La ligne de code du contrat permet au bénéficiaire du contrat de générer une indemnisation sans même que le client n’ait à déclarer son sinistre. En septembre 2015, lors de l’Hackathon organisé par la FinTech, une équipe a présenté un projet à partir d’un constat : seulement 40% des voyageurs couverts pour le retard de leurs vols faisaient les démarches nécessaires pour récupérer leurs indemnités. Grâce aux « smarts contracts », le voyageur est indemnisé immédiatement et automatiquement dès qu’il y a un retard.

Cet exemple illustre une situation gagnant/gagnant. En effet, l’assureur voit ses coûts opérationnels liées à la gestion des réclamations diminués ; quant au voyageur, celui-ci est débarrassé de toutes démarches administratives pour être indemnisé.

La complexité administrative pour le client disparait et donne à l’assureur l’occasion de simplifier (d’automatiser en réalité) son processus d’indemnisation. L’utilisation de la blockchain vient disrupter le parcours client actuel.

“Proof of concept”

Comme pour chaque nouveauté, les acteurs traditionnels avancent prudemment. Avant l’intégration d’une nouvelle technologie une phase de « test and learn » est nécessaire. La blockchain n’est pas une exception. Elle est développée par des start-ups souvent spécialisées qui acceptent par la suite de travailler en collaboration avec des grands assureurs.

Courant octobre, une initiative a été lancée par 3 assureurs Allianz, Aegon, Zurich Insurance et 2 réassureurs Munich Re et Swiss Re. Le concept baptisé « Blockchain Insurance Industry » (B3i) doit prouver si la technologie peut réellement « élaborer des normes et des procédés dans toute l'industrie et de catalyser des gains d'efficacité dans le secteur de l'assurance ». En d’autres termes, il s’agit d’études de faisabilité réalisées sur des données anonymes afin d’ôter la charge administrative aux assureurs, tout en préservant les engagements contractuels et leurs bonnes exécutions.

De la même manière, AXA Strategic Ventures avait investi 55 M$ en juin dernier dans Blockstream. La société a mis au point une technologie permettant de « sécuriser, stocker et transférer toutes sortes de données et de transactions notamment relatives à des titres ou des contrats. » On perçoit une volonté de la première marque mondiale d’assurance de s’associer à la blockchain.

L’assurance P2P (Peer to peer) née d’une volonté commune de revenir aux fondamentaux de l’assurance pourrait bien se trouver une place avec les « smarts contracts ».   Stratumn a mis en ligne un POC (« Proof of concept ») entièrement basé sur la blockchain. Le projet est une micro-assurance pour l’économie de partage. Cette assurance de pair-à-pair intervient pour le prêt d’objets de valeur. La contractualisation d’une assurance joue comme vecteur de confiance pour les utilisateurs ôtant les réticences de certains.

Dynamis est une compagnie d’assurance P2P fonctionnant sur la plateforme Ethereum. La compagnie souhaite créer une assurance chômage à partir d’une micro-mutualité combinée au réseau social LinkedIn. Ici, le réseau social professionnel devient un Oracle (la source de donnée).

L’intégration de la blockchain dans le cœur de métier de l’assurance est belle et bien présente dans les préoccupations des grands acteurs. La prochaine étape visera au déploiement de ces « use cases » développés. Cela ne sera pas sans répercussions sur le modèle économique de l’assurance.

Conséquences sur le business model

Ces changements vont amener les assureurs à repenser leurs business model. La part des frais de gestion va considérablement diminuer. Certaines branches n’auront plus besoin de gestionnaire de sinistres. D’ici 2021, plus de 18% des emplois en gestion de sinistres[**] pourraient disparaitre. Cela ne veut pas dire que nous devons nous préparer à des vagues de licenciement mais simplement que les postes actuels ne seront pas remplacés.

La traçabilité liée à l’authentification des documents administratifs et légaux aura un impact sur la fraude. Ainsi, le caractère irréversible de la blockchain permet des transactions enregistrées et vérifiées sans aucune dépense double. La détection de la fraude devient plus facile.

Le réassureur y trouve son compte également. Il peut suivre les sinistres payés par sa cédante et son portefeuille client en toute transparence et en temps réel.

L’émergence d’un marché d’« insurance commodities »

Projetons-nous dans 5 ans, les utilisations de la blockchain devenues multiples, les assureurs ont créé une multitude de produits affinitaires complétant des usages de notre quotidien. Les clients souscrivent leurs produits en un clic sans hésitation car ils savent qu’ils n’ont plus à subir la complexité administrative liée à l’assurance. Nos nouveaux comportements tel que l’autopartage, le covoiturage, la location ancrée dans les mœurs sont désormais autogérés (les assurances y compris) par les « smarts contracts ». Les utilisateurs n’ont plus de preuves à apporter en cas de litige ou presque.

Grâce aux Iots, une voiture connectée n’a plus besoin d’expert sinistre lors d’un accident. Les points de contact seront directement remontés sur la blockchain ainsi que le dossier des assurés concernés. Une règle d’activation décidera d’une indemnisation pour les véhicules en fonction des conditions particulières codées via le « smart contract ».

Une indemnisation plus rapide, plus efficace, sans la charge administrative actuelle serait favorable aux personnes encore réfractaires aux assurances affinitaires.

Avec des produits faciles d’accès, touchant une plus grande population, le marché français a une opportunité de baisser ses prix. L’assurance des produits affinitaires (assurance annulation, voyage etc…) pourrait faire un bond en et s’avérerait être une priorité stratégique dans les prochaines années.

Vers un cadre juridique

Malgré des retours d’expériences très prometteurs, la blockchain a encore des barrières à franchir avant une réelle implantation dans le paysage français. La technologie pourrait échapper aux réglementations en vigueur. La création d’un cadre juridique est plus que nécessaire pour son développement, c’est d’ailleurs le cas avec la loi Sapin II qui met la priorité sur les transactions financières.

 

Même si ce n’est qu’un début, on note que le gouvernement a bien la volonté d’instaurer un cadre à la blockchain. La position de l’état jouera un rôle clé dans l’intégration des usages proposés par la blockchain au sein des compagnies d’assurances en France.

 

[*] Estimation Sia Partners à partir de « Chiffres du marché français de la banque et de l'assurance 2015 » de l’ACPR projetée par des experts de l’assurance en hypothèse.

[**] Estimation Sia Partners à partir du « Rapports de l’Observatoire sur les Métiers et les Formations de l’Assurance 2015 » projeté par des experts de l’assurance en hypothèse.

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